Merci d'avoir accepté de répondre
à ces quelques questions.
Aucun problème, c'est avec plaisir.
Pour commencer peux-tu nous rappeler le parcours du groupe ?
Et bien Anthemon a vu le jour en 1997. Marc Canlers (basse &
growls) et moi-même (Sylvain Bégot, guitares) avons commencé à
faire de la musique ensemble sous forme de duo. Nous avons enregistré
une démo sur CD en 1998, « Nocturnal Contemplations », à l'aide
d'une amie au chant, dans le but de trouver un line-up avec la
possibilité de faire écouter aux candidats la musique que nous
souhaitions faire. Après plusieurs changements de line-up nous avons
enregistré « Talvi » en 2000 avec, en plus de Marc et moi, Nicolas
Joyeux à la batterie, Alexandre Kohler à la guitare et Nathalie
Bonnaud au chant. « Talvi » est souvent considéré comme notre
premier album mais il s'agit en réalité d'un mini-album autoproduit.
« Talvi » nous a permis de nous faire connaître en France et a plus
ou moins défini notre ligne de conduite artistique, que nous avons
fait beaucoup évoluer par la suite, notamment sur notre premier
album, « Arcanes », sorti en 2003 après le recrutement de
Sébastien Latour aux claviers et notre signature chez Thundering
Records. « Arcanes » a reçu un bon accueil et a gommé les erreurs
de jeunesse que l'on pouvait trouver sur « Talvi ». Puis Nicolas et
Nathalie ont décidé de quitter le groupe pour des raisons qui leur
sont propres. Nous avons alors recruté un nouveau batteur en la personne de David Verbecq et nous avons décidé d'abandonner le chant
féminin en intégrant Loïc Malassagne au chant. Nous avons sous
cette forme enregistré « Dystopia », notre dernier album en date,
sorti le 12 novembre 2004, qui marque un nouveau pas en avant dans
notre démarche d'évolution constante.
Quelles sont vos principales influences ?
Pas du tout les groupes auxquels on nous compare en général ! Marc
est très branché vieux heavy - c'est un fan de Iron Maiden -,
Alexandre est plutôt Black Metal à la Windir, il aime aussi des
groupes comme Katatonia ou Yearning. Sébastien est assez orienté
Metal Sympho et Doom à claviers façon Shape Of Despair. David
préfère le Metal plus extrême, le Death surtout, Loïc, tout comme
moi, est très varié dans ses goûts mais je crois qu'il écoute
surtout des trucs des années 80 ou début des années 90. Et moi,
j'aime sans préférences tous les styles de Metal du moment que c'est
bien fait. J'ai surtout été influencé par des groupes extrêmes du
début des années 90 qui incluaient de la mélodie dans leur musique
comme les premiers Sentenced, Amorphis ou Pestilence par exemple et
également des > groupes anglais comme My Dying Bride, Anathema ou
Paradise Lost mais il y en a beaucoup d'autres. Aujourd'hui j'écoute
essentiellement de la musique des années 70 - du prog, les
balbutiements du Hard Rock, du Jazz/Fusion, etc. - mais ça ne
m'empêche pas de me passer un bon Nile juste après... Ce melting pot
d'influences forge le caractère de la musique d'Anthemon car nous
avons digéré tout ça pour en faire une mixture qui nous est propre.
C'est aussi pour cette raison qu'il est difficile de nous catégoriser
parce qu'on ne peut pas dire qu'on ressemble spécifiquement à untel
ou untel.
Peux-tu nous parler de votre nouvel
album intitulé « Dystopia » ?
Pour commencer je dirais que « Dystopia » sonne exactement tel que
nous le voulions, ce qui n'a pas toujours été le cas auparavant. Par
rapport à nos disques précédents, il représente à mon avis une
grande évolution de la qualité de notre musique et de notre style,
sans pour autant abandonner ce qui faisait déjà notre spécificité
sur « Talvi et « Arcanes », à savoir une musique riche, puissante
et atmosphérique à la fois, et surtout lorgnant dans toutes les
directions en même temps mais en restant cohérente. Nous avons
toujours cherché à bâtir des univers entiers pour chaque titre et
je pense que ceux ci sont plus mûrs et plus profonds sur « Dystopia
». Je parlais d'évolution plus haut, il y a l'évolution que l'on
peut qualifier de naturelle car nous nous améliorons avec le temps et
l'évolution consciente, c'est à dire les changements que nous
faisons consciemment dans notre musique pour l'améliorer, ajouter de
nouveaux éléments ou supprimer ce qui ne nous intéresse plus. Sur
« Dystopia », nous avons travaillé sur des sons de claviers différents que ceux
nous utilisions dans le passé, nous avons inclus des parties plus
extrêmes, des parties plus « progressives », d'autres plus
directes, etc. Nous avons cherché la variété et surtout de jamais
s'enfermer dans un style ou se donner de limites.
L'album a été mixé au studios Tico Tico en Finlande, pourquoi ce
choix ?
Il y a plusieurs raisons en fait... D'abord le rapport qualité/prix
d'un tel studio est plus intéressant en Finlande qu'en France et le
Tico Tico est un studio dans lequel beaucoup de groupes qui ont eu une
importance pour moi dans mon adolescence ont enregistré. Ensuite nous
avions déjà travaillé avec Ahti Kortelainen sur « Arcanes » et
nous étions satisfaits du résultat alors il nous semblait logique de
ne pas changer une équipe qui gagne. Et, l'expérience aidant et Ahti
connaissant déjà quel type de musique nous faisons, nous savions que
nous pouvions améliorer la production de « Dystopia » parce que
nous n'avons pas seulement cherché cette fois à avoir un bon son
mais à travailler sur un son qui correspond vraiment à la musique
couchée sur l'album.
Qui a crée l'artwork ?
La pochette est l'oeuvre d'un peintre Polonais du nom de Beksinski,
très talentueux mais malheureusement trop peu connu. Nous avons
réellement craqué sur la peinture qui orne la pochette de «
Dystopia » alors nous avons acquis les droits pour l'utiliser car
elle reflète à beaucoup de niveaux la musique de l'album, comme par
exemple cette sensation d'isolement, d'emprisonnement, d'oppression,
de survie difficile qu'elle évoque. Quant au booklet c'est Marc qui
s'en est chargé. Le but était de créer un artwork proche du monde
malade décrit dans les textes. Nous avons de la sorte un peu «
modernisé » notre approche visuelle du groupe.
Quelles sont d'après toi les principales différences entre cet
album et le précédent ?
En premier lieu, ça me semble évident, le chant a plus de
testostérone :) L'ambiance générale, le son, sont également très
différents car nous avons mis de côté les nappes de violon et les
pianos pour des sons de claviers plus froids, plus modernes voire
«
futuristes » parfois, qui paradoxalement sont en fait, pour certains
d'entre eux, des sons hérités des années 70. Il y a aussi moins de
réverbération dans l'ensemble, ce qui rend la musique un peu moins
« spatiale » que dans le passé, plus ancrée dans la réalité. Et
au-delà de ces changements évidents à la première écoute, les
compositions ont évolué vers une musique plus libre, plus compacte
et à mon avis, débarrassé du superflu. L'album est dans son
ensemble plus sombre, plus froid, plus distant, plus solide, il
s'écoute dans son ensemble, chaque titre étant la pièce d'un grand
puzzle.
Comment avez-vous procédé pour la composition ?
Comme toujours, c'est à dire que l'un de nous ramène un titre
complètement écrit et le présente aux autres. Ensuite, les
suggestions de modifications de chacun, l'appropriation et
l'interprétation de tous les membres du
groupe transforment le morceau qui prend alors une forme quasi
définitive. Ensuite, d'autres changements de dernière minute sont
faits en studio, en fonction de la manière dont les titres sonnent et
des idées qui peuvent survenir en cours d'enregistrement. Nous
étions assez pressés par le temps cette fois vu que le Tico Tico
était booké en août 2004, ce qui nous a obligé à aller vite pour
recruter des nouveaux membres, répéter et enregistrer l'album après
le départ de Nicolas et Nathalie en novembre 2003. Du coup, nous
avons en grande partie travaillé chacun de notre côté, ce qui a
obligé tout le monde à s'impliquer à 200% et donc à travailler
paradoxalement de manière beaucoup plus collective car l'apport de
chacun est plus important que sur « Arcanes ».
Quels sont vos sujets de
prédilection pour les textes, et où puisez-vous l'inspiration ?
C'est une question à laquelle je ne peux pas répondre dans le
détail parce que les thèmes abordés changent d'un disque à
l'autre. Il y avait dans « Talvi » des textes assez fantasmagoriques
sur l'hiver, la mort, le froid, le monde. Sur « Arcanes » il
s'agissait plutôt de relater des expériences personnelles
douloureuses, comme un exutoire, une catharsis. Ceux de « Dystopia »
décrivent une ou des sociétés dans lesquelles les hommes sont
privés de libertés d'une manière ou d'une autre. Ils sont inspirés
des dystopies telles que
« 1984 », « Farenheit 451 », « Les
monades urbaines », « Tous à Zanzibar », etc. et sont l'occasion
de faire un parallèle et un constat de ce que devient notre société
de consommation occidentale. Un monde dans lequel les gens ne lisent
plus, dans lequel les conneries qui passent à la télévision
tiennent le principal rôle dans l'éducation, dans lequel l'argent
est devenu une valeur essentielle, dans lequel l'eugénisme et le
déterminisme social ne sont plus une vague inquiétude d'écrivain de
Science Fiction mais une réalité... L'objectif n'est pas une
quelconque revendication mais un constat, un instantané de ce qu'est
la société des hommes au début du XXIème siècle.
Avez-vous des projets de tournée pour promouvoir ce nouvel album ?
Je ne sais pas encore. Il y a pour l'instant des concerts un peu
éparpillés, les premiers ayant lieu le 27 novembre à Lille et le 11
décembre à Vauxbuin, mais j'espère qu'on aura la possibilité de
faire une vraie tournée et de jouer dans des régions que nous
n'avons pas encore Anthemonisées, comme la Bretagne ou le Sud Ouest.
Quels albums écoutes-tu le plus actuellement ? (Tous styles
confondus)
En ce moment ma playlist ressemble à ça, sans ordre précis :
- Magma - Könhtartoz
- Gentle Giant - Three Friends
- Distress - The Mourning Sign
- King's X - Ear Candy
- Genesis - Foxtrot
- Godflesh - Selfless
- The Mahavishnu Orchestra - The Lost Trident Sessions
- Anthemon - Dystopia
Que penses-tu de la scène metal française actuelle ?
Je ne m'intéresse plus trop à l'actualité mais je constate qu'il y
eu ces dernières années un accroissement constant de la qualité des
groupes français, dans tous les styles de Metal ou presque. C'est
très encourageant, d'autant que le public soutient de plus en plus
les groupes hexagonaux. Malheureusement le revers de la médaille
c'est qu'il persiste au sein de la scène française une mentalité de
merde. Certains passent plus de temps à casser du sucre sur le dos
des autres, par bêtise, arrivisme ou par jalousie peut-être. Je ne
sais pas ce qui motive réellement ce comportement et sans doute
est-il ancien mais internet à changé la donne en offrant un espace
d'expression à des gens qui n'ont rien à dire. Tout ça pour dire
que je reste assez mitigé sur la scène française. La qualité est
bien présente mais il manque encore quelque chose : une attitude plus
sereine, le respect du travail des autres, une meilleure confiance en
soi ou autre chose, je ne sais pas exactement.
As-tu une anecdote à nous raconter sur le groupe ?
Hmmm je dirais que les anecdotes les plus mémorables sont les petits
trucs qui peuvent arriver lors d'un concert. Nous n'avons souvent pas
de chance avec des ivrognes. Mais ils ont donné une valeur ajoutée
à nos concerts :) Je pense par exemple à ce type bourré lors d'un
concert en plein air à Paris que j'ai dû pousser dans la foule parce
qu'il marchait sur la pédale de volume de mon multi-effet, ce qui me
coupait le son. Le type avait visiblement envie de m'en coller une mais les gens l'on retenu. Lors
d'un concert à Anger, un type imbibé m'a tapé sur l'épaule pour
attirer mon attention, en plein concert, pour me demander de monter le
volume. A Amiens, pendant le premier silence après avoir commencé le
set, un type bourré hurle « C'est nul ! ». A Vauxbuin, un autre n'a
pas arrêté de gueuler « Semen ! Semen ! » pendant tout le set,
même après avoir terminé de jouer ce morceau justement. Sans doute
n'était-il plus en état de le reconnaître. Mais comme dit David
notre batteur - et je suis sûr que ça va lui plaire que je cite sa
phrase culte - : « Mieux vaut avoir le mauvais oil que rien du tout » :)
Quels sont vos projets à court et à long terme ?
A très court terme, c'est de donner des concerts en support de «
Dystopia ». Nous allons également très vite lui donner un
successeur, car nous avons déjà pas mal de nouveau matériel. A plus
long terme, je pense que notre objectif primordial est de continuer à
développer encore et encore notre démarche artistique en totale
liberté.
Et pour conclure, peux-tu dire un petit mot pour les auditeurs de
Metal
Choc ?
Et bien je leur adresse mes salutations, en espérant que
l'année qui va bientôt s'achever a été riche en découvertes
musicales de qualité. J'encourage tout le monde à ouvrir des
bouquins et lire plutôt que de passer son temps devant la télé ; il
ne faut pas que la lecture devienne petit à petit le luxe d'une
élite car c'est en grande partie elle qui ouvre l'esprit, offre des
visions alternatives au monde et permet de comprendre qu'il existe
d'autres façons de voir les choses que celles exposées dans les
médias généralistes. Et si vous ne connaissez pas Anthemon, je vous
invite à faire un tour sur notre site (http://www.anthemon.com)
et à télécharger les mp3 en ligne.
Merci pour l'interview et bonne continuation.
Merci a toi et à bientôt !
|